On demande aujourd’hui à l’intelligence artificielle des choses qu’elle ne sait pas faire, et on néglige la seule qu’elle fasse remarquablement bien.
Elle ne sait pas décider à votre place. Elle n’a ni responsabilité, ni conséquence à assumer, ni histoire avec vos équipes. Ce qu’elle sait faire, en revanche, c’est vous empêcher de penser trop vite.
Le vrai risque n’est pas de déléguer la décision
Peu de dirigeants confient réellement leurs arbitrages à un modèle. Le risque est plus discret : c’est la validation. On formule sa position, on la soumet, on obtient une réponse construite qui va dans le même sens, et on repart rassuré.
Un modèle de langage est conçu pour être utile et coopératif. Si vous lui demandez de renforcer votre raisonnement, il le renforcera. Vous venez de créer une chambre d’écho très articulée.
L’usage intéressant est exactement inverse. Demandez-lui de démonter votre raisonnement. De construire le meilleur argumentaire contre votre décision. D’adopter le point de vue de celui qui a le plus à perdre.
Trois usages qui changent la qualité d’une réflexion
Élargir le champ des scénarios. Un dirigeant en explore spontanément deux ou trois, généralement ceux qui lui sont familiers. Une machine en génère quinze en trois minutes. Douze seront sans intérêt. Un ou deux ouvriront une porte que vous n’aviez pas vue.
Structurer une situation confuse. Quand un sujet part dans tous les sens, faire trier, catégoriser et hiérarchiser fait souvent apparaître que le problème n’était pas celui qu’on croyait.
Préparer une confrontation. Avant une négociation ou un comité difficile, faire jouer le rôle de votre contradicteur le plus dur. Vous découvrez vos points faibles avant qu’il ne les trouve.
Ce qui reste irréductiblement humain
Aucun de ces usages ne touche à ce qui fait la difficulté réelle d’une décision de dirigeant.
Ce qui est difficile, ce n’est pas d’identifier la bonne option. C’est de l’assumer devant des gens qui ne seront pas d’accord. C’est d’arbitrer entre deux loyautés légitimes. C’est de revenir sur une position que vous avez défendue publiquement.
Aucun modèle ne portera cela à votre place. Il n’a rien à perdre.
Technologie et discernement
Je me suis formé à l’intelligence artificielle dans le cadre de l’Oxford Artificial Intelligence Program de la Saïd Business School, et je l’utilise quotidiennement dans mon travail de sparring partner.
La répartition me paraît claire : la technologie pour élargir le champ des possibles, le sparring partnership pour exercer le discernement. L’une produit des options, l’autre aide à choisir.
Confondre les deux, c’est prendre le risque de décider plus vite et moins bien.